Qui sont les poissons venimeux de Méditerranée ?

Bien que peu nombreux, on compte au moins une vingtaine d’espèces de poissons venimeux en mer Méditerranée. Tous sont potentiellement dangereux, voire mortels, en cas de piqûre.
A part leur venin, la plupart sont des maîtres du camouflage, en particulier les vives et les rascasses.

Malgré leur détérioration au fil des décennies, les littoraux méditerranéens recèlent encore aujourd’hui une grande biodiversité, avec pas moins de 800 espèces de poissons recensées. Autrefois réservée aux pêcheurs et aux navigateurs, la mer est aujourd’hui le terrain de découverte et de repos de nombreux vacanciers et locaux.
Ce qui augmente d’autant plus les risques d’interactions avec des animaux sauvages venimeux.

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Parmi eux, quelques poissons téméraires n’ont toujours pas peur de l’Homme. Il convient donc d’apprendre à les reconnaître pour éviter de mauvaises surprises.

La plupart de ces poissons sont benthiques, c’est-à-dire qu’ils résident sur le fond. Certains sont semi-enfouies dans le sable comme les raies et les vives, d’autres jouent de leur mimétisme pour se camoufler dans les rochers (rascasses). Exceptées les raies, la plupart sont des poissons de taille petite à moyenne, n’excédant pas les 40 cm.

Quelles sont les réactions possibles face à une piqûre de poisson ?

Pour la plupart des espèces, la piqûre est caractérisée par une douleur intense qui peut entraîner une perte de connaissance. Le plus gros risque est alors la mort par noyade suite à une trop grande panique ou à une réaction importante au moment de la piqûre.

On observe différentes réactions en fonction des espèces, de la profondeur de la plaie et de la zone touchée. Le venin des vives et des rascasses provoque généralement un gonflement de la peau et une anémie locale. Un œdème s’étend sur toute l’extrémité touchée et sans traitement rapide, une nécrose se développe au niveau de la plaie.

D’autres symptômes peuvent accompagner une piqûre : perte d’équilibre, transpiration, problèmes cardiaques, dyspnée… Il ne faut ni inciser, ni poser de garrot, ni aspirer la plaie.

Que faire en cas de piqûre de poisson ?

En cas de piqûre, quelque soit l’espèce, nous conseillons de réaliser les actions suivantes, en veillant à respecter cet ordre :  

  • Isoler la victime du danger et la sortir rapidement de l’eau
  • Prévenir les secours
  • Allonger le sujet en position semi-assise et lui éviter tout effort
  • Immobiliser le membre touché
  • Nettoyer la plaie
  • Le venin est thermolabile, il peut être neutralisé s’il est soumis à une température comprise entre 40 °C et 55 °C. Il est donc possible de chauffer la plaie. Cette action est à pratiquer avec beaucoup de précautions pour ne pas aggraver la plaie en la brûlant. Il est conseillé de plonger le membre touché dans de l’eau chaude.
  • Si la piqûre est trop profonde, chauffer la plaie sera moins efficace.

Nous avons classé l’ensemble des espèces venimeuse en quatre catégories : les raies, les vives, les rascasses et les poissons invasifs. Une dangerosité a été estimée en fonction de la toxicité, de la probabilité d’interaction, du camouflage, de la portée et de l’agressivité de chaque espèce.

La raie pastenague commune

Raie pastenague communeDasyatis pastinaca © Nicolas Descriaux
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 1 à 200 mètres
Occurrence Rare à faible profondeur
Type d’attaque Coup de fouet avec un dard situé sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 64 cm
Statuts IUCN Vulnérable

Espèce : Dasyatis pastinaca

Précisions

La raie pastenague commune est responsable du plus grand nombre d’accidents liés aux raies en Méditerranée. Enfouie dans le sable, elle est particulièrement difficile à déceler. Elle a de plus tendance à ne pas s’échapper à l’approche d’un intrus.

Son comportement rappelle celui des serpents sur terre. Lorsqu’un baigneur ou plongeur s’approche trop près, elle fouette sa queue pour piquer la menace. Autrefois commune, les raies pastenagues ont subi la pression de la pêche et leurs populations sont aujourd’hui considérées comme vulnérables.

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Les raies pastenagues marrons

Raie pastenague marron – Bathytoshia centroura © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 3 à 270 mètres
Occurrence Rare à faible profondeur
Type d’attaque Coup de fouet avec un dard situé sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 300 cm
Statuts (Méditerranée) Vulnérable

Espèces : Bathytoshia centrouraBathytoshia lata

Précisions

Les grandes pastenagues du genre Bathytoshia sont rares en Méditerranée. Elles ont un mode de vie proche de la pastenague violette mais elles se camouflent plus souvent dans le substrat.

Les cas d’accident rapportés sont anecdotiques mais il convient de s’éloigner de ces espèces en cas de rencontre.

La pastenague violette

Pastenague violette – Pteroplatytrygon violacea © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Pélagique
Profondeur 1 à 380 mètres
Occurrence Rare à faible profondeur
Type d’attaque Coup de fouet avec un dard situé sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 96 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Pteroplatytrygon violacea

Précisions

Contrairement à l’espèce précédente, la pastenague violette ne s’enfouit que rarement dans le sable. Elle nage continuellement entre la surface et 100 mètres de profondeur. Elle est donc bien plus facile à repérer que sa cousine.

Elle a plutôt tendance à fuir les baigneurs et plongeurs.

La raie aigle commune

Raie aigne communeMyliobatis aquila © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Pélagique
Profondeur 1 à 200 mètres
Occurrence Rare à faible profondeur
Type d’attaque Coup de fouet avec un dard situé sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 183 cm
Statuts (Méditerranée) Vulnérable

Espèce : Myliobatis aquila

Précisions

La raie aigle commune est un poisson réputé paisible et peu agressif. Les piqûres surviennent en cas de stress extrême, situations engendrées par des comportements intrusifs ou lors de blessures par des pêcheurs.

Les populations se sont raréfiées en mer Méditerranée, cette espèce pourrait être menacée.

La vive-araignée

Vive araignée – Trachinus araneus © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 1 à 100 mètres
Occurrence Présence possible à de faible profondeur
Type d’attaque Piqures par les épines présentes sur les joues
Type de venin Neurotoxines
Taille max 45 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Trachinus araneus

Précisions

La vive-araignée est la plus agressive des vives méditerranéennes et pour cause, en cas d’intrusion dans son territoire, elle n’hésite pas à s’attaquer directement à la menace.

Il semblerait qu’elle soit la principale responsable d’accidents de vives chez les plongeurs. Les piqûres sont d’autant plus périlleuses qu’elles ont lieu en eaux profondes. Outre la réaction aléatoire au venin qui provoque généralement une intense douleur, la prise en charge de la plaie n’est pas immédiate.

Cette espèce peut charger à plusieurs reprises et donc infecter différentes zones du corps.

La petite vive

Petite vive – Echiichthys vipera © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 1 à 150 mètres
Occurrence Fréquente à faible profondeur
Type d’attaque Piqure via la nageoire dorsale
Type de venin Neurotoxines et hémolytique
Taille max 15 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Echiichthys vipera

Précisions

D’une longueur commune d’à peine 10 cm, la petite vive passe ses journées semi-enfouie dans le sable, ne laissant dépasser que ses yeux et ses épines dorsales venimeuses.

Elle est responsable de la plupart des envenimations survenant sur les côtes méditerranéennes car elle fréquente les eaux peu profondes, en particulier durant les mois d’été qui correspondent à sa période de reproduction.

Comme chez ses congénères, le venin engendre un œdème et une nécrose au niveau de la plaie. La piqûre provoque une douleur intense qui peut durer de quelques heures à plusieurs semaines. D’autres symptômes peuvent survenir : perte d’équilibre, étouffement, problèmes cardiaques…

La grande vive

La grande vive – Trachinus draco © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 1 à 150 mètres
Occurrence Fréquente à faible profondeur
Type d’attaque Piqures par les épines présentes sur les joues
Type de venin Neurotoxines et hémolytique
Taille max 53 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Trachinus draco

Précisions

Comme les autres vives, cette espèce se rencontre camouflée dans les fonds sableux. La nuit, elle devient active et part chasser des petits poissons et des crustacés. Elle fait le fruit de quelques pêches artisanales dans le sud de la Méditerranée.

Elle est plus rare que la petite vive mais elle semble plus agressive et peut attaquer en cas de menaces, à l’image de la vive-araignée. Elle est facilement reconnaissable à ses rayures obliques vert turquoise.

La vive-léopard

La raie léopard – Trachinus radiatus © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 1 à 150 mètres
Occurrence Fréquente à faible profondeur
Type d’attaque Piqure via la nageoire dorsale
Type de venin Neurotoxines et hémolytique
Taille max 50 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Trachinus radiatus

Précisions

Bien que venimeuse et présente en Méditerranée, la vive-léopard est rarement liée à des accidents chez les baigneurs et les plongeurs. Elle se laisse facilement approchée et ne semble piquer qu’en cas d’extrême danger.

De plus, elle fréquente des zones plus profondes et reste peu commune avant 30 mètres de profondeur, sauf peut-être en période de reproduction.

L’uranoscope

Uranoscope – Uranoscopus scaber © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 15 à 400 mètres
Occurrence Rare à faible profondeur
Type d’attaque Épines sur les nageoires pectorales
Type de venin Neurotoxines
Taille max 40 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Uranoscopus scaber

Précisions

Malgré un mode de vie proche des vives, les uranoscopes n’appartiennent pas à la même famille que ces dernières. Ils sont rarement impliqués dans des accidents avec les baigneurs car peu fréquents à moins de 15 mètres. De plus, ils ne sont venimeux qu’en période de reproduction.

Ces poissons passent la plupart de leur temps enterrés dans le sable ou dans la boue. Ils ont la capacité de provoquer des petites décharges électriques. Cette espèce est d’ailleurs étudiée car elle constitue une forme transitoire dans l’évolution des organes électriques chez les poissons.

La rascasse rouge

Rascasse rouge – Scorpaena scrofa © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds rocheux
Profondeur 15 à 500 mètres
Occurrence Occasionnel
Type d’attaque Épines venimeuses
Type de venin Neurotoxines
Taille max 58 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Scorpaena scrofa

Précisions

La rascasse rouge est la plus grande espèce de rascasse rencontrée en Méditerranée. Ce prédateur passe ses journées camouflé dans les rochers. Ses coloris, sa forme et ses lambeaux de peau en forme d’algues la rendent quasiment invisible dans son environnement.

Les épines venimeuses sont présentes sur la plupart des nageoires. Discrète et plus souvent présente au-delà de 2 mètres de profondeur, dans des anfractuosités peu accessibles, elle est peu impliquée dans les accidents avec des baigneurs. Cependant, elle représente un risque important chez les pêcheurs. La piqûre provoque une plaie profonde et une douleur intense de type brûlure qui peut engendrer une syncope ou une paralysie temporaire du membre touché.

La petite rascasse rouge

Petite rascasse rougeScorpaena notata © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds coralligènes
Profondeur 10 à 700 mètres
Occurrence Occasionnel
Type d’attaque Épines venimeuses
Type de venin Neurotoxines
Taille max 58 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Scorpaena notata

Précisions

Comme chez les autres rascasses, ce petit prédateur passe ses journées camouflé dans les fonds rocheux.

Les risques d’interaction sont faibles car ces poissons essaient de s’écarter d’un coup de nageoire vive lors de l’arrivée d’un intrus de grande taille. De plus, elles sont plus fréquentes sous les 2 mètres de profondeur.

La rascasse de Madère

Rascasse de Madère – Scorpaena maderensis © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds coralligènes
Profondeur 20 à 40 mètres
Occurrence Occasionnel
Type d’attaque Épines venimeuses
Type de venin Neurotoxines
Taille max 17,8 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Scorpaena maderensis

Précisions

Les mœurs de cette espèce sont proches de la petite rascasse rouge avec laquelle elle diffère par la présence d’une bande sombre sur la nageoire caudale.

Comme avec les autres rascasses, il convient de rester à distance lors d’une plongée et de ne pas chercher, bien sûr, à toucher ces poissons.

La rascasse brune

Rascasse bruneScorpaena porcus © Thomas Menut
Dangerosité
Milieu de vie Fonds rocheux
Profondeur 2 à 800 mètres
Occurrence Occasionnel
Type d’attaque Épines venimeuses
Type de venin Neurotoxines
Taille max 30 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Scorpaena porcus

Précisions

La petite rascasse brune vit en solitaire, camouflée dans les rochers dans l’attente d’une proie. Les risques sont les mêmes qu’avec les autres rascasses. Ils concernent principalement les pêcheurs.

Le poisson-lion ou rascasse volante

Pterois miles, rascasse volante © François Libert
Dangerosité
Milieu de vie Fonds rocheux
Profondeur 2 à 45 mètres
Occurrence rare
Type d’attaque Épines venimeuses
Type de venin Neurotoxines
Taille max 55 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Pterois miles

Précisions

La rascasse volante, aussi appelée poisson-lion, est originaire de la mer Rouge et des récifs coralliens de l’océan Indien. Robuste et agressif, il a profité du réchauffement des eaux pour commencer à s’installer en mer Méditerranée. Il est également présent dans la zone des Caraïbes suite à des relâchements accidentels.

Comme les autres rascasses volantes, ce poisson possède de grands rayons épineux sur les nageoires dorsales, anale et pelviennes.  À la base de celles-ci se trouvent les glandes à venin.

En journée, ce poisson a tendance à rester cacher sous les rochers. Les risques d’interaction sont plus fréquents en plongée, la nuit ou lors de baignade au moment de l’aurore ou du crépuscule.

Le Poisson lapin

Poisson lapin à queue tronquée – siganus luridus © François Libert
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 1 à 200 mètres
Occurrence Rare à faible profondeur
Type d’attaque Coup de fouet avec un dard situé sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 64 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : siganus luridus

Précisions

Ce poisson invasif provenant de mer Rouge n’est pas dangereux lors d’une baignade. Cependant, il pique en cas de capture par des pêcheurs.

Le poisson tête de renard

Poisson tête de renard – Siganus vulpinus © François Libert
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux
Profondeur 1 à 200 mètres
Occurrence Rare à faible profondeur
Type d’attaque Coup de fouet avec un dard situé sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 64 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Siganus vulpinus

Précisions

La présence du poisson à tête de renard reste très anecdotique. Il est pour le moment cantonné à l’est de la Méditerranée. Comme l’espèce précédente, ce poisson est principalement dangereux pour les pêcheurs.

Morsures et décharges électriques

Les poissons venimeux ne sont pas les seuls dangers en Méditerranée. Certaines espèces peuvent mordre, comme les murènes, les balistes ou les poulpes, d’autres peuvent envoyer des décharges électrique comme la raie torpédo, d’autres enfin sont porteurs de toxines et sont dangereux à manger, comme les saupes.

Bien qu’en voie de disparition, quelques requins, dont le grand requin blanc, vivent encore dans ces eaux. Plus communs, les oursins sont source de bien de petits désagréments chez les imprudents des zones rocheuses.

Les accidents restent cependant très rares. En respectant les milieux et avec quelques connaissances, il est possible de partir explorer la faune sauvage en toute quiétude.

A propos de l'auteur

Benoit Chartrer fait partie des membres du projet Fishipédia. Sorti d'une formation d'ingénieur en physique, il a progressivement changé de spécialisation en se tournant vers les technologies Web. Passionné de voyage et de biologie, il tient également un compte Instagram dédié à la photographie animalière.

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