Quels poissons pour réaliser un aquarium amazonien ?

Avec plus de 7 millions de km², pour 20% des apports d’eau douce aux océans, le bassin amazonien est de loin le plus important réseau d’eau douce au monde. Il renferme également la plus grande biodiversité aquatique de rivière. Pas étonnant donc que plusieurs de ses écosystèmes aient inspiré des générations d’aquariophiles.

Près de 10% des poissons, soit plus de 3 000 espèces, vivent en Amazonie. Parmi eux, on compte de nombreuses espèces naines qui ont peu à peu séduit les aquariophiles. Le groupe des tétras, qui compte les néons et les veuves noires, est particulièrement fourni dans la région. C’est également le cas chez les poissons du genre Corydoras, et des familles des cichlidés et des loricaridés. Plus connus du grand public, le bassin compte également la plupart des espèces de piranhas et de pacus.

Malgré la difficulté d’accès des zones reculées, les publications scientifiques couplées aux photographies de terrain permettent aujourd’hui de simuler plusieurs biotopes caractéristiques.

Farlowella reticulata – Loricariidae © F. Melki
Hemigrammus ocellifer – Characidae © F. Melki

L’aquarium biotope type de la région est une reproduction de ruisseau de forêt tropicale, caractérisé par une eau acide. Outre cet écosystème, il est possible de réaliser des biotopes de torrents, ruisseaux d’eau claire ou de berges de plus larges rivières. Parmi les principaux fleuves et bassins de la région, utiles à la mise en place d’une population cohérente, on compte par exemple le Rio Negro, le Rio Madeira, le Rio Solimões, le Rio Xingu, le Rio Nanay, le Rio Branco, le Rio Tefé et le Rio Meta.

Avant de se lancer

Différences entre élevage et sauvage

Dans le commerce, la plupart des poissons amazoniens proviennent de l’élevage. Cependant, plusieurs espèces sont toujours importées car non reproduites en captivité à ce jour. On trouve également des provenances mixtes entre élevage et sauvage, comme pour les néons cardinalis.

Les poissons issus de l’élevage sont habitués à des eaux moins acides et résistent à une moins bonne qualité d’eau. Pour les animaux d’origine sauvage, plus rares dans le commerce, il convient de se renseigner précisément sur les paramètres d’eau optimaux de maintenance.

Influence du climat et de la fluctuation du niveau d’eau

Caractérisée par une saison de crue et une saison sèche, l’Amazonie voit le niveau de ses eaux fluctuer de 10 à 15 mètres chaque année. Pendant la période humide, qui s’étend de décembre à mai, les rivières envahissent d’énormes zones adjacentes. Parmi ces dernières, certaines étendues, caractérisées par leurs « eaux noires », sont couramment appelées « iguapos ».

Avec la décomposition des matières végétales (branches, troncs, fruits, graines…), les forêts immergées sont colonisées par des milliers de microorganismes qui constituent une riche source de nourriture pour les poissons amazoniens. La sociabilité de nombreuses espèces évolue avec l’ouverture de ces espaces, comme chez les discus qui passent d’une vie de banc à des regroupements en petits groupes dispersés.

Les pluies abondantes provoquent une baisse de température des eaux, une augmentation du pH et la diminution du taux de minéraux dissous qui déclenchent la production de gonades. C’est le lancement des cycles de reproduction. Les énormes espaces nouvellement submergés offriront ensuite de nombreux refuges pour aider au développement des jeunes alevins.

Les paramètres d’eau standards

De manière générale, les poissons amazoniens vivent dans des eaux plutôt chaudes. Il convient donc de mettre en place un chauffage et de garder une température d’eau autour de 26 °C.

Quelque soit l’espèce, viser un pH situé autour de 6. Pour arriver à ces conditions, il sera nécessaire d’user de différentes astuces comme ajouter des feuilles de catappa ou des fruits d’aulnes.

Naturellement, les paramètres fluctuent en fonction de la saison, les poissons amazoniens sont donc habitués à un léger changement des propriétés de l’eau.

Le décor type pour un ruisseau amazonien « eau noire »

Le ruisseau amazonien de forêt tropical est caractérisé par une importante végétation en décomposition. Cette dernière comprend branches et feuilles, mais également des racines immergées en période de crue. En plus des déchets organiques, ces ruisseaux peuvent accueillir de nombreuses plantes aquatiques ou de berges.

La décomposition des végétaux modifie la couleur de l’eau en augmentant le taux de tanin. Ces colorations peuvent aller du jaunâtre au marron très foncé. C’est ce qu’on appelle « l’eau noire ».

Exemple de Biotope – Rivière guyanaise © F. Melki
Exemple de Biotope – Rivière guyanaise © Frederic Melki

La territorialité

Parmi les espèces rencontrées en Amazonie, on compte de nombreux poissons territoriaux, en particulier chez les cichlidés. Ces derniers protègent plus ou moins intensément leur zone de vie. Ce comportement est lié au mode de reproduction de ces animaux : la plupart des poissons territoriaux protègent leur ponte et leurs alevins.

Crenicichla saxatilis avec d’alevins – Rivière guyanaise © F. Melki

Les risques de prédation

Parmi les poissons de ces rivières, il existe deux types de prédation. La première : les plus grands cichlidés, comme les scalaires, peuvent s’en prendre naturellement aux plus petits tétras (amandae…). La seconde : de nombreux tétras sont, malgré leur taille, des prédateurs redoutables pour les alevins. La plupart du temps, il ne sera pas possible de reproduire des poissons en présence de ces derniers.

Outre les risques de prédation, plusieurs espèces sont connues pour s’attaquer aux nageoires en cas de stress ou de manque de place. C’est le cas pour plusieurs espèces de tétra réputées agressives (Hyphessobrycon eques/serpae) et chez certains piranhas.

La difficulté de maintenance

La notation de difficulté pour les espèces qui suivent est toute relative. Nous faisons l’hypothèse de poissons issus d’élevage. Pour chaque espèce, nos critères comprennent la résistance aux fluctuations des caractéristiques d’eau, la facilité pour l’alimentation, la sensibilité au stress (bruit, mouvements…) et les difficultés de cohabitation.

Le néon bleu

Néon bleu © Peter Apas
Difficulté
Origine Rio Solimões (Amazone)
Biotope Ruisseaux d’eau clair
Température 20 – 26 °C
Taille adulte 4 cm
Volume min 80 litres
Nombre 10

Espèce : Paracheirodon innesi

Précisions

Arrivé dans le commerce dès les années 30, les néons bleus sont des micro-prédateurs grégaires. Contrairement à la plupart des espèces qui suivent, ces poissons vivent dans des cours d’eau d’altitude, dans le cours supérieur du bassin amazonien. Bien que réputés résistants, il est conseillé de ne pas les maintenir dans une eau trop chaude.

Le néon cardinalis

Néon cardinalis © Enrico Ritcher
Difficulté
Origine Rio Négro / Orénoque
Biotope Ruisseaux (eau claire à noire)
Température 25 – 29 °C
Taille adulte 5 cm
Volume min 100 litres
Nombre 10

Espèce : Paracheirodon axelrodi

Précisions

Ces petits cousins des néons bleus s’en distinguent par une barre rouge horizontale complète, alors qu’elle recouvre seulement la moitié à partir de la nageoire caudale chez leurs congénères.

Les cardinalis sont rencontrés dans de nombreuses régions, parfois en compagnie d’autres tétras, comme les nez rouges.

Les nez rouges

Hemigrammus bleheri © Peter Maguire
Difficulté
Origine Rio Négro / Méta
Biotope Ruisseaux eaux noires
Température 23 – 26 °C
Taille adulte 5 cm
Volume min 120 litres
Nombre 10

Espèce : Hemigrammus bleheri

Précisions

Caractérisés par la couleur rouge de leur museau, les « nez rouges » sont des petits poissons de banc qui fréquentent les eaux peu profondes des ruisseaux. L’espèce la plus fréquente dans le commerce est Hemigrammus bleheri, mais il existe de nombreux cousins à l’apparence proche, comme le poisson nez rouge rhodostomus ou le faux poisson nez rouge.

Ces bons nageurs ont besoin d’un volume conséquent pour pouvoir se déplacer librement. La présence de racines et de plantes permettra d’atténuer le potentiel stress de ces poissons réputés sensibles.

Depuis quelques années, une espèce venant d’Asie est également appelée « nez rouge », le Sawbwa resplendens.

La veuve noire

Veuve noire – Gymnocorymbus ternetzi
Difficulté
Origine Rio Guaporé / Paraguay
Biotope Ruisseaux & plaines immergées
Température 20 – 26 °C
Taille adulte 7 cm
Volume min 120 litres
Nombre 8

Espèce : Gymnocorymbus ternetzi

Précisions

Comme les espèces précédentes, la veuve noire appartient au groupe des tétras. Elle est réputée résistante et surtout caractérielle. En cas de mauvaise maintenance, elle peut par exemple s’en prendre aux longues nageoires de ses voisins.

Elle se distingue de la plupart des espèces par l’absence de tâche pédiculaire et par la présence de deux barres verticales sur les flancs. Outre ces caractéristiques, la veuve noire possède également une silhouette caractéristique, avec un corps compressé et une nageoire anale étendue.

Poisson hachette strigata

Carnegiella strigata © Ron Aquarium
Difficulté
Origine Rio Negro / Mazarumi / Marowini
Biotope Ruisseaux & marais
Température 24 – 26 °C
Taille adulte 4 cm
Volume min 100 litres
Nombre 8

Espèce : Carnegiella strigata

Précisions

Il existe de nombreuses espèces de poissons hachettes. Ces animaux extrêmement vifs sont taillés pour la chasse d’insectes en surface. Fait peu connu, ces poissons sont capables de réaliser de grandes envolées hors de l’eau pour capturer une proie ou échapper à un prédateur.

Le poisson crayon

Nannostomus beckfordi © Robert Allgayer
Difficulté
Origine Rio Negro / Guyane
Biotope Ruisseaux d’eau noire
Température 24 – 26 °C
Taille adulte 5 cm
Volume min 80 litres
Nombre 8

Espèce : Nannostomus beckfordi

Précisions

Depuis quelques années, les poissons crayons sont peu à peu entrés dans les aquariums « biotope » de simulation de ruisseau. Dans la nature, ils résident principalement dans des petites criques et dans les eaux peu agitées des cours d’eau.

L’appellation regroupe les espèces du genre Nannostomus. « Poisson crayon » fait référence à la ou les bande(s) noire(s) présente(s) le long des flancs. Ces poissons calmes colorés côtoient naturellement des cichlidés nains et des petits characidés dans leur milieu.

Le Corydoras poivre

Corydoras aeneus © Flair Wang
Difficulté
Origine Amérique du Sud
Biotope Ruisseaux tropicaux
Profondeur Moins de 50 cm
Taille 2 cm
Nombre 5
Volume min 120 litres

Espèce : Corydoras aeneus

Précisions

Le Corydoras poivre est présent dans une large partie de l’Amérique du Sud. Il est facilement identifiable à la large tâche verdâtre présente sur ces flancs et à l’absence de tâche sur le corps.

Dans ses ruisseaux d’origine, il est rencontré en groupe plus ou moins fourni, dans un courant faible à moyen. En aquarium, c’est un poisson réputé résistant qui passe son temps à fouiller le fond en quête de nourriture. Avec le reste de ses congénères, il est parfois considéré comme un poisson nettoyeur.

Le Corydoras panda

Corydoras panda © Flair Wang
Difficulté
Origine Amérique du Sud
Biotope Ruisseaux tropicaux
Profondeur Moins de 50 cm
Taille 2 cm
Nombre 5
Volume min 80 litres

Espèce : Corydoras panda

Précisions

Ce cousin du Corydoras poivre a séduit le monde aquariophile par son jeu de couleur et ses tâches noires qui ne sont pas sans rappeler les pandas. Plus petit et plus fragile que certains congénères, il convient de prêter une attention particulière à la constitution du sol pour éviter qu’il ne se blesse ou n’abîme ses barbillons.

Otocinclus vittatus

Otocinclus vittatus © Frank Hoekzema
Difficulté
Origine Asie du Sud-Est
Biotope Rizières et fossés
Profondeur Moins d’un mètre
Taille 5 cm
Nombre 1
Volume min 60 litres

Espèce : Otocinclus vittatus

Précisions

Comme les Corydoras, les Otocinclus sont des poissons-chats nains. Ils sont rencontrés en larges groupes mais adoptent un mode de vie d’ordinaire solitaire. Dans le milieu, ils se fondent littéralement dans le décor, en particulier les racines et les plantes.

Alguivores, ils sont parfois utiles en aquarium pour éviter la prolifération de végétaux non désirés. Du fait de leur petite taille et de différences morphologiques discrètes, la différentiation entre les différentes espèces n’est pas facile. Dans le commerce, beaucoup d’Otocinclus sont vendus comme O. affinis alors que cette espèce n’est pas présente. La plupart du temps, on rencontre des O. vittatus, des O. hoppei ou des O. macrospilus.

Les Ancistrus

Ancistrus sp. © Britzke
Difficulté Fonction de l’espèce
Origine Bassin amazonien
Biotope Principalement zones calmes
Profondeur Moins de 2 mètre
Taille 5 – 20 cm
Nombre 1
Volume min Fonction de l’espèce

Espèces : genre Ancistrus

Précisions

Comme les Otocinclus, les Ancistrus constituent un genre de poissons-chats de la famille des Loricaridés. Dans tout le bassin, on compte un grand nombre de poissons à la morphologie proche, ce qui amène à beaucoup de confusions entre les espèces.

De manière générale, les Ancistrus fréquentent les zones calmes caractérisées par une présence accrue de feuilles en décomposition et de racines diverses. Une partie des espèces au moins se nourrit en partie en râpant le bois mort. Ils consomment également les microorganismes et les algues qui se développent dans ces racines.

Apistogramma cacatuoides

Apistogramma cacatuoides © Leif Johansen
Difficulté
Origine Rio Ucayali & Solimôes
Biotope Ruisseaux & mares
Profondeur Moins de 2 mètres
Taille 5 cm
Nombre 2
Volume min 100 litres

Espèce : Apistogramma cacatuoides

Précisions

L’Amazonie est le lieu de vie d’une grande famille de poissons perciformes : les cichlidés. Toutes les espèces sont connues pour leur niveau d’évolution, en particulier à travers la protection et les soins parentaux.

Territoriaux, ces poissons défendent leurs zones de vie, en particulier les mâles dominants. Cependant, nombre d’espèces peuvent cohabiter sans danger si l’aquarium est de taille suffisante et agencé de manière à séparer des territoires. Les Apistogramma sont de ceux-là.

Dans leur environnement naturel, ces cichlidés nains fréquentent les zones calmes, en particulier les marais et les cours d’eau. Ils vivent parmi les amas de végétation diverse en décomposition. Discrets, ils ne sont pas facilement repérables, d’autant plus que leur coloration naturelle se fond parfois avec le fond.

Le scalaire

Scalaire © Jérôle Hugues
Difficulté
Origine Bassin amazonien, Guyanes
Biotope Rivières & Ruisseaux
Taille 20 cm
Nombre 5
Volume min 300 litres

Espèce : Pterophyllum Scalare

Précisions

Le scalaire, parfois appelé « poisson ange », est l’un des poissons iconiques du bassin amazonien. Les trois espèces du genre font partie des rares espèces d’eau douce à présenter une silhouette triangulaire. On retrouve cependant cette morphologie chez de nombreux animaux marins.

Cette espèce est élevée depuis de nombreuses années dans le commerce aquariophile. Aujourd’hui, il existe des dizaines de variétés d’élevage, avec des jeux de couleurs variés. Malheureusement, ce poisson majestueux a longtemps été maintenu dans de trop petits volumes. Ces mauvaises pratiques raccourcissent sa longévité (pouvant atteindre plus de 9 ans) et entraîne un phénomène de nanification.

Les scalaires sont des poissons grégaires, qui se cachent dans les racines pour surprendre les petits insectes aquatiques ou éviter les prédateurs. En période de reproduction, des couples unis se forment pour se reproduire sur les feuilles submergées dans les forêts inondées.

Le discus

Tétra bleu © La3ralus
Difficulté
Origine Rio Xingu / Tapajos
Biotope Rivières & Ruisseaux
Taille 20 cm
Nombre 5
Volume min 350 litres

Genre : Symphysodon aequifasciatus

Précisions

Comme les scalaires, les discus sont remarquables par leur forme tout à fait atypique. Seuls poissons d’eau douce totalement ronds, d’où leur nom, ces cichlidés calmes vivent à proximité de grandes racines, non loin des berges.

En fonction de la saison et des besoins, ils sont rencontrés en banc, en groupe ou en couple. Il n’y a donc pas de règle unique simple pour caractériser la sociabilité de cette espèce.

Plus fragiles que la plupart des espèces du commerce, la maintenue de ces élégants poissons nécessite une certaine rigueur et l’entretien régulier de l’aquarium.

Sources

Reproductive biology and feeding habits of Hemigrammus bleheri (Characiformes: characidae) an ornamental fish the middle Negro River Basin, Amazonas State, Brazil

A propos de l'auteur

Benoit Chartrer fait partie des membres du projet Fishipédia. Sorti d'une formation d'ingénieur en physique, il a progressivement changé de spécialisation en se tournant vers les technologies Web. Passionné de voyage et de biologie, il tient également un compte Instagram dédié à la photographie animalière.

Magasins partenaires proches

Articles liés

  • {{name}}

    {{#street_number}}{{street_number}}, {{/street_number}}{{#route}}{{route}}{{/route}}
    {{postal_code}} {{town}}

    {{#phone}}{{phone}}{{/phone}}{{^phone}}-{{/phone}}