Les poissons tombent-ils amoureux ?

Vivre une belle romance, une relation éphémère ou un plan d’un soir. Construire un chez-soi confortable ou partir à deux explorer le monde… On ne parle pas ici de femmes et d’hommes mais de poissons !

La capacité d’aimer ?

En juin 2019, une étude a démontré qu’une espèce de poisson ressentait les chagrins d’amour lors d’une séparation. L’éloignement entre deux partenaires peut les mener à un état dépressif : perte d’appétit, baisse de concentration, manque de discernement… Bref ! Tous ces petits tracas parfois observés chez les êtres humains !

Amatitlania siquia © Robert Allgayer

L’heureux élu capable de sentir battre son cœur est le cichlidé zébré (Amatitlania siquia), un poisson tropical originaire d’Amérique centrale. Il appartient à une grande famille de plus de 1.700 espèces dont une grande partie vivent en couple à l’âge adulte.

Et ils ne sont pas les seuls. Gobies, combattants, balistes, dragonnets… Les exemples ne manquent pas et chaque espèce possède son propre fonctionnement amoureux.

Chez les poissons, les stratégies de reproduction sont intimement liées au milieu et au mode de vie de chaque espèce. Elles dépendent également du placement dans la chaîne alimentaire

Nous pouvons les catégoriser en deux groupes : les sédentaires, plus aptes au romantisme, et les indomptables nageurs, souvent grégaires.

Les danses nuptiales et parades

Comme chez les humains, on rencontre un large éventail de comportements amoureux parmi les poissons : en d’autres mots, ils se draguent !

Une règle est pratiquement toujours présente : la reproduction est précédée de rituels divers et variés, appelés communément parades.

Intimidation de mâles Apistogramma gibbceps © F. Wan
Danse nuptiale de Néolamprologus pulcher © Jérôme Hugues

Pendant ces phases de jeu et de séduction, les couleurs sont exacerbées et peuvent même totalement changer. Les mâles tentent d’impressionner les femelles par diverses techniques : nageoires étendues, poursuite pour attirer leurs désirées vers un nid, morsures…

Ils s’adonnent également à des parades d’intimidation à destination des concurrents voisins. Chez les espèces les plus téméraires, des duels musclés peuvent éclater.

Parade de Betta albimarginata © Jérôme Hugues
Couple de Neolamprologus callipterus © Jérôme Hugues
Couple de Neolamprologus brevis © Jérôme Hugues
Parade de Cyprinella galactura en milieu naturel © I. Szabo

L’amour « poisson » sous toutes ses formes

Les flippés de la relation

Notropis rubricroceus en période de reproduction © Isaac Szabo

Dans cette catégorie se retrouve la majorité des espèces de banc. On compte par exemple les sardines, les anchois et les thons dans les milieux marins. En eau douce, c’est le cas de la plupart des cyprinidés, comme les carpes et les gardons, et des tétras.

Ces poissons se reproduisent en masse et ne semblent guère se préoccuper des partenaires voisins. L’excitation provoquée par la reproduction peut s’accompagner d’un changement de couleur comme chez les Notropis.

Les œufs sont éjectés et fécondés immédiatement pour ensuite être emportés par les courants ou tomber dans la végétation.

Les adeptes de la relation éphémère

Ces espèces réalisent des parades en couple ou éventuellement en petits groupes. Souvent, un nid est constitué et au moins un des deux parents le protège jusqu’à ce que les alevins naissent.

Parmi ces espèces, on compte de nombreux poissons d’ordinaires solitaires, principalement des carnassiers comme le sandre ou le black-bass.

Chez la truite, par exemple, la ponte a lieu dans les zones de graviers à fort courant. La femelle dépose ses œufs dans une cuvette puis le mâle les féconde pour ensuite les enterrer sous le gravier. Un moment intense mais rapide !

Chez les arapaimas, un prédateur d’eau douce d’Amérique du Sud qui peut peser plus de 200 kilos, les couples se forment pendant la saison des pluies, entre décembre et juin. Les mâles changent de couleur. La fécondation est précédée d’une parade nuptiale et les parents prennent soin ensemble de leur progéniture pendant les premiers jours. Le mâle nettoie le nid et prend parfois les jeunes en bouche pour les protéger tandis que la femelle défend le territoire.

Les romantiques

Parmi les couples fidèles, on remarque plusieurs schémas. Nous nous sommes inspirés des différents modèles de couple humain à partir d’un article traitant du sujet.

Comme vu précédemment, il existe un très grand nombre d’espèces monogames, dont les représentants forment des couples fidèles, parfois sur toute une vie !

Le couple cocon : les serrans

Les serrans sont des petits prédateurs marins rencontrés dans les zones tropicales et tempérées de tous les océans de la planète.

Serranus baldwini © François Libert

Une étude publiée en 2016 dans la revue Behavioral Ecology a montré que ces poissons font preuve d’un grand sérieux dans l’organisation de leur couple. Une fois le partenaire choisi, ils restent fidèles et se soutiennent dans toutes les tâches.

Ils sont également hermaphrodites et peuvent changer de sexe pas moins de… 20 fois par jour.

Cette faculté leur est bien pratique pour se répartir équitablement les tâches au sein du couple. Ainsi, lors du frai, chaque parent pond des œufs tandis que l’autre les féconde, et ce, à tour de rôle.

Le couple bastion : Hippocampus whitei

Hippocampus histrix Philippines © Bernd Hoppe

La plupart des hippocampes ne sont pas fidèles. Généralement, la relation dure le temps d’une reproduction puis chacun part de son côté.

Des études ont toutefois prouvé que plus la relation dure, plus les chances de réussir la reproduction sont fortes.

L’hippocampe blanc d’Australie a adopté cette stratégie. Connus pour leur lenteur, ces poissons incarnent la parfaite sérénité du foyer isolé du monde.

Le couple associatif : les poissons anges français

Pomacanthus paru © François Libert

Ces poissons anges vivent dans les zones tropicales de l’océan Atlantique Ouest. Ils ont la particularité d’être assez indépendants dans leur démarche.

Cependant, ils protègent ensemble de large territoire contre les autres poissons. Caractériels, ils possèdent une individualité forte mais ce sont de bons communicants en cas de complications.

Comme précisé dans notre article de référence, on a bien l’impression que ce couple d’une grande souplesse fait souvent preuve d’improvisation dans leur mode de vie et pendant la reproduction… Mais ils sont monogames et fidèles !

Le couple compagnon : les poissons-clowns

Amphiprion perideraion © Bernd Hoppe

Les poissons-clowns naissent tous mâles. En grandissant, les dominants vont devenir femelles. Il n’y a qu’une seule femelle au sein d’une colonie, accompagnée d’un mâle dominant. Ensemble, ils organisent le reste du groupe.

La protection de la ponte revient au mâle, avant que les larves ne soient emportées dans les courants océaniques. En dehors de la période de reproduction, les partenaires sont indépendants et travaillent au bien-être de la colonie. Ils sont sociaux et échangent avec plaisir avec les jeunes mâles qui les entourent.

A propos de l'auteur

Benoit Chartrer fait partie des membres du projet Fishipédia. Sorti d'une formation d'ingénieur en physique, il a progressivement changé de spécialisation en se tournant vers les technologies Web. Passionné de voyage et de biologie, il tient également un compte Instagram dédié à la photographie animalière.

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