Qui sont les poissons-plats ?

Sole, flétan, turbot, limande, plie : tous ces poissons se retrouvent régulièrement dans nos assiettes. Ils ont pourtant un autre point commun plus insolite. Ce sont des poissons plats qui ne naissent pas plats. En biologie, ils sont aussi appelés poissons pleuronectiformes. 

Qui sont-ils ? Comment deviennent-ils plats ? Et ont-ils quelque chose en commun avec les raies, ces autres poissons au corps aplati ?

Qu’est-ce qu’un poisson plat ?

Les pleuronectiformes

Les poissons plats sont classés dans l’ordre des pleuronectiformes. Étymologiquement, les poissons qui nagent sur un côté.

Cet ordre regroupe toutes les familles de poissons au corps asymétrique qui nagent sur un flan. Leurs deux yeux se trouvent du même côté et sont disposés de façon à avoir un champ de vision très large.

Mais ces poissons ne sont pas nés ainsi.

La métamorphose

À la naissance, les larves sont symétriques et se développent de façon classique. Mais à la fin du stade larvaire, une métamorphose se produit. Le crâne se remodèle et l’œil migre vers l’un des deux flans du poisson. Selon les espèces, cette migration peut s’effectuer vers le côté droit (dextre) ou vers le côté gauche (sénestre). Par exemple, la migration de l’œil de la sole est dextre, alors que chez le turbot elle est sénestre.

Pour identifier facilement le côté de la migration, il suffit d’observer la bouche du poisson. Située à gauche des yeux, elle est sénestre, à droite, elle est dextre.

Flet léopard – Bothus pantherinus – Rickard Zerpe

Autres caractéristiques morphologiques

D’autres transformations morphologiques résultent de cette métamorphose. Du côté aveugle du poisson, la pigmentation est plus claire. La nageoire pectorale y est rétrécie, quand elle n’a pas simplement disparu. La nageoire pelvienne y est aussi plus courte et asymétrique par rapport à sa jumelle du côté oculaire (le côté avec les yeux). La base des nageoires dorsale et anale s’étend sur quasiment toute la longueur du poisson.

Enfin la vessie natatoire des pleuronectiformes disparait au cours de cette métamorphose.

Leur mode de vie

Rombou – Bothus podas – Brian Cole

L’ensemble de ces transformations physiques impacte le mode de vie des poissons plats. Ce sont des poissons carnivores benthiques. Pour se déplacer sur le fond, ils adoptent une nage latérale, avec leur côté oculaire dirigé vers la surface.

La pigmentation du corps sur ce côté permet à certaines espèces de se camoufler sur le fond. Par mimétisme, certains flets (genre Bothus) peuvent même changer leur couleur pour se fondre au mieux sur le substrat. Autre technique de camouflage, ils s’enterrent aussi dans le sable.

Quelques soles sont vénéneuses pour se défendre contre des prédateurs (genres Aseraggodes, Pardachirus, Zebrias).

La plupart des 750 espèces décrites se rencontrent en eau de mer. Cependant, quelques espèces sont connues pour remonter les estuaires. D’autres, plus rares, vivent exclusivement en rivière, en particulier dans le bassin amazonien.

Les poissons plats ont-ils toujours été plats ?

Rombou ocellé – Bothus ocellatus – Kevin Bryant

Pendant longtemps, l’évolution des poissons plats a été débattue. D’un côté, la thèse d’une évolution brutale des caractéristiques morphologiques. De l’autre, celle d’une évolution progressive de poisson symétrique à asymétrique.

Cette deuxième théorie serait la plus probable depuis la découverte en 2008 de deux fossiles de poissons plats vieux de 45 millions d’années. Sur les deux spécimens, l’œil n’a pas complètement migré sur l’autre flan. Cette observation soutient ainsi la thèse d’un état intermédiaire dans l’évolution des pleuronectiformes.

Principales familles de poissons plats

L’ordre des pleuronectiformes comprend une dizaine de familles dans lesquelles se répartissent plus de 700 espèces.

Parmi les familles plus connues, on peut citer :

Les flets (Bothidae)

Bothus mancus © François Libert
Noms Flets, rombous
Espèces type Flet fleuri, flet d’Europe
Nb. espèces 164
Répartition Zone tempérée et tropicale des océans Atlantique, Pacifique et Indien.
Caractéristiques Yeux sur le côté gauche, pas d’épine sur les nageoires. Chasseur d’invertébrés benthiques et de poissons. Reproduction pélagique

Les soles (Soleidae)

Sole commune – Solea solea © Xavi Salvador Costa
Noms Soles
Espèces type Sole commune
Nb. espèces 180
Répartition De l’Europe à l’Australie et au Japon.
Caractéristiques Yeux sur le côté droit, nageoire dorsale qui va au-delà des yeux. Chasseur d’invertébrés benthiques et de poissons. Reproduction pélagique

Les limandes (Pleuronectidae)

Plie commune – Pleuronectes platessa © Carlos Minguell
Noms Plies, carrelets
Espèces type Plie commune
Nb. espèces 66
Répartition Océans Arctique, Atlantique, Indien et Pacifique.
Caractéristiques Yeux sur le côté droit, pas de vessie natatoire. Peut changer de couleur par mimétisme.

Et les raies ?

Les raies sont un type de poissons aplatis complètement distinct de l’ordre des pleuronectiformes.

Là où les poissons plats appartiennent à une classe de poissons osseux (Téléostéens), les raies s’apparentent plus aux requins, des poissons cartilagineux (Chondrichthyens).

Les raies ont certes un corps aplati, mais il est symétrique. Leurs nageoires pectorales sont fusionnées avec le corps et la tête, ce qui leur donne leur forme si particulière. Leurs yeux sont situés au sommet de la tête. La bouche par contre est vers le bas. 

Comme les poissons plats, les raies sont des créatures benthiques qui se camouflent au fond. À l’exception de quelques raies volantes, comme les raies manta ou le diable de Méditerranée.

Contrairement aux raies, les poissons plats ne naissent donc pas plats. Ils le deviennent.

Cette asymétrie du corps d’un vertébré, fait de ces espèces des poissons très particuliers.

Raie manta géante – Erika Beux

A propos de l'auteur

Julie Magnus est contrôleuse de gestion, spécialiste de la billetterie de spectacles. Sensibilisée aux problématiques environnementales, elle a rejoint l'équipe éditoriale de Fishipedia pour rédiger et s'occuper de la traduction anglaise du site.

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