Qui sont les poissons venimeux de Guadeloupe et de Martinique ?

Les eaux de la Caraïbe offrent de superbes spots de plongée. La faune présente recèle des trésors de toute beauté, en particulier parmi les centaines d’espèces de poissons de corail. Pourtant la vigilance reste de mise quand vous plongez dans les Antilles pour ne courir aucun risque. Avec près de dix espèces de poissons venimeux dans les eaux tropicales de Guadeloupe et de Martinique, le danger d’une piqûre, d’une brûlure ou d’une morsure n’est en effet jamais très loin. D’autant que nombreuses sont les espèces passées maîtres dans l’art du camouflage.


Les littoraux de la Guadeloupe et de la Martinique sont bordés par l’Océan Atlantique à l’Est tandis que leurs rivages à l’Ouest jouxtent la Mer des Caraïbes. Cette mer semi-fermée est considérée comme un véritable poumon de biodiversité avec ses trois écosystèmes : les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers. Rien d’étonnant que cette richesse attire toujours plus de vacanciers amateurs de plongée. Ce qui multiplie d’autant plus les risques de rencontres avec des espèces marines parfois venimeuses.

Le comportement naturel d’un animal marin armé est avant tout de se défendre, non d’attaquer. L’expérience montre que les accidents arrivent plus souvent du fait d’un comportement de l’homme jugé comme agressif par la faune plutôt que de l’attaque d’un animal marin. Aussi apprendre à reconnaître les rares espèces venimeuses avant de faire le grand plongeon devrait vous éviter les mauvaises surprises.

Pour résumer, on peut dire que deux grandes familles de poissons se partagent la liste de la petite dizaine de poissons venimeux en Guadeloupe et en Martinique : les rascasses d’une part, et les raies, d’autres part.

Quelles sont les réactions possibles face à une piqûre de poisson ?

Pour la plupart des espèces, la piqûre est caractérisée par une douleur intense qui peut entraîner une syncope ou perte de connaissance. Selon le lieu de l’inoculation du venin, les conséquences peuvent être plus ou moins graves. Dans l’eau, la noyade suite à une trop grande panique ou à une réaction importante au moment de la piqûre constitue le plus gros risque. Hors de l’eau, la piqûre a lieu lorsque l’homme manipule l’animal.

On observe différentes réactions en fonction des espèces, de la profondeur de la plaie et de la zone touchée. Le venin des rascasses provoque généralement un gonflement de la peau et une anémie locale. Un œdème s’étend sur toute l’extrémité touchée et sans traitement rapide, une nécrose se développe au niveau de la plaie.

Dans le cas des raies, les plaies par piqûre sont souvent profondes
et parfois le dard implanté dans la peau peut s’avérer très difficile à extirper. Le venin provoque alors localement une
importante réaction inflammatoire.

D’autres symptômes peuvent accompagner une piqûre : perte d’équilibre, transpiration, problèmes cardiaques, dyspnée… Il ne faut ni inciser, ni poser de garrot, ni aspirer la plaie.

Que faire en cas de piqûre de poisson ?

En cas de piqûre, quelle que soit l’espèce, nous conseillons de réaliser les actions suivantes, en veillant à respecter cet ordre :  

  • Isoler la victime du danger et la sortir rapidement de l’eau
  • Prévenir les secours
  • Allonger le sujet en position semi-assise et lui éviter tout effort
  • Immobiliser le membre touché
  • Nettoyer la plaie
  • Le venin est thermolabile : son caractère toxique peut être neutralisé par une élévation de la température de la zone où se situe la plaie et où le venin se concentre. Il faut chauffer la zone entre 40 °C et 55 °C pendant au moins 30 mn. Cette action est à pratiquer avec beaucoup de précautions pour ne pas aggraver la plaie en la brûlant. Il est conseillé de plonger le membre touché dans de l’eau chaude.
  • Si la piqûre est trop profonde, chauffer la plaie sera moins efficace.

Nous avons classé l’ensemble des espèces venimeuses en deux catégories : les raies et les rascasses. Une dangerosité a été estimée en fonction de la toxicité, de la probabilité d’interaction, du camouflage, de la portée et de l’agressivité de chaque espèce.

La raie jaune

Raie jaune – Urobatis jamaicensis © Brian Cole
Dangerosité
Milieu de vie Herbiers et zones sablonneuses proches des récifs coralliens
Profondeur 1 à 25 mètres
Occurrence Commun à faible profondeur
Type d’attaque Blessure par la colonne vertébrale venimeuse
Type de venin Neurotoxines
Taille max 76 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Urobatis jamaicensis

Précisions

Poisson commun dans le sud-est de la Floride et dans de nombreuses régions des Caraïbes dont la Guadeloupe et la Martinique, la raie jaune évolue le long des plages de sable jusqu’au bord de l’eau. Elle apprécie en particulier les zones sablonneuses à l’intérieur et autour des récifs coralliens.

La raie jaune se reconnaît à son disque jaunâtre, aux motifs de petits vers et aux taches présents sur sa face supérieure. La face inférieure est de couleur blanc jaunâtre, verdâtre ou brunâtre alors que des taches sombres s’observent sur la queue.

Enterrée dans le sable pour tendre une embuscade à sa proie, la raie jaune compte parmi les poissons venimeux de Guadeloupe et de Martinique mais présente en général peu de danger pour les humains. En effet, elle n’utilise sa colonne vertébrale venimeuse que pour se défendre. Si vous marchez sur une raie jaune, vous risquez de ressentir une douleur et de la blesser mais cela met rarement votre vie en danger.

La pastenague épineuse

Pastenague épineuse – Bathytoshia centroura © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux et vaseux
Profondeur 3 à 270 mètres
Occurrence Plus fréquente entre 15 et 50 mètres
Type d’attaque Coup de fouet avec trois dards situés sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 300 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Bathytoshia centroura

Précisions

L’une des plus grandes raies pastenagues connues peut s’observer le long des côtes de la Guadeloupe et de la Martinique quand leurs eaux descendent aux alentours de 26°. Les scientifiques font en effet l’hypothèse que la température, entre 15 et 26°, soit le principal facteur de distribution géographique de cette espèce. Les plus grands spécimens observés peuvent atteindre le poids record de 300kg !

La pastenague épineuse se reconnaît d’abord à sa queue :

  • elle contient de nombreuses rangées de petites épines venimeuses,
  • longue et mince, sa forme ressemble à un fouet,
  • elle est noire de la colonne vertébrale vers l’arrière
  • elle mesure environ deux fois et demie la longueur du corps.

Si son dos est plutôt foncé, du brun foncé au brun verdâtre, son ventre tire sur le blanc avec un bord grisâtre mais pas foncé.

Tapie et enfouie dans le sable la plupart de son temps, elle fait partie des animaux marins benthiques, qui se déplacent en rasant le fond. Elle n’attaque pas les plongeurs volontairement. En revanche, si vous marchez sur son dos, elle se défendra en faisant usage de sa « queue barbelée ». Les blessures parfois graves sont rarement mortelles.

La pastenague violette

Pastenague violette – Pteroplatytrygon violacea © Xavi Salvador Costa
Dangerosité
Milieu de vie Fonds sableux et vaseux
Profondeur 1 à 381 mètres
Occurrence Plus fréquente entre 1 et 100 mètres
Type d’attaque Epines venimeuses sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 96 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Pteroplatytrygon violacea

Précisions

Plutôt relativement petite par rapport à ses consoeurs, la pastenague violette est très reconnaissable à la couleur uniforme de son dos, entre le violet et le bleu. Une coloration foncée sur le ventre complète le tableau et lui permet de se confondre plus facilement avec les eaux sombres de l’océan.

A la différence de la plupart des raies, la pastenague violette préfère en effet vivre en haute mer et non près du rivage en rasant le fond de l’océan. C’est pourquoi les contacts avec les nageurs et plongeurs sont plutôt rares donc le danger limité. Toutefois, l’espèce a été observée dernièrement près des côtes et semble adopter un nouveau comportement ces dernières années, pas forcément observé dans la Caraïbe. Aussi mieux vaut adopter un attitude de prudence si vous deviez la croiser. En effet, sa queue est dotée d’une à deux épines venimeuses, rarement trois, qui lui permettent de se défendre contre des menaces potentielles.

La mourine américaine

Mourine américaine – Rhinoptera bonasusWikimedia
Dangerosité
Milieu de vie Espèce pélagique
Profondeur 0 à 22 mètres
Occurrence Parfois dans les eaux côtières
Type d’attaque Epines situées sur la queue
Type de venin Neurotoxines
Taille max 120 cm
Statuts Quasi menacée

Espèce : Rhinoptera bonasus

Précisions

De couleur brun foncé à brun doré sur le dos et un ventre blanc, le corps robuste de la mourine américaine se finit par une longue queue qui comporte une ou deux épines dentelées envoyant un venin léger.

Si elles évoluent de préférence dans les eaux peu profondes, elles ont aussi tendance à nager à la surface, ce qui minimise le risque qu’un nageur ou un plongeur puisse marcher sur sa colonne vertébrale et se fasse piquer.

Le poisson vingt-quatre heures

Poisson Ving-quatre heures ou rascasse noire Scorpaena plumieri © Brian Cole
Dangerosité
Milieu de vie Fonds rocheux et récifs coralliens
Profondeur 1 à 60 mètres
Occurrence Fréquent entre 5 et 55 mètres
Type d’attaque Épines venimeuses
Type de venin Neurotoxines
Taille max 45 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Scorpaena plumieri

Précisions

Espèce endémique et commune de la Caraïbe, ce poisson champion du mimétisme possède de nombreux noms : rascasse tachetée, rascasse noire ou rascasse de Plumier. Le plus parlant est sûrement celui de « poisson vingt quatre heures » qui fait référence à la durée minimale pendant laquelle sa piqûre reste douloureuse. En effet, sa nageoire dorsale est dotée de courtes épines érectiles qui se dressent en cas de menace et forment des tubes creux reliés à des glandes à venin qui se trouve à la base. C’est clairement l’un des poissons venimeux de Guadeloupe et de Martinique les plus dangereux.

Ce poisson marbré vit habituellement posé immobile sur les fonds marins. En Guadeloupe et Martinique, il évolue principalement dans les récifs coralliens et dans les zones rocheuses. Sa palette de couleurs est très vaste pour s’adapter à son environnement, du roux, au brun allant au verdâtre. Ainsi il se dissimule tellement bien grâce à son excellent camouflage dans un style « roche recouverte d’algues » qu’il est souvent difficile à voir. Comme il n’est pas farouche, le plongeur peut l’approcher sans même le voir. A noter : il préfère chasser la nuit. C’est pourquoi les risques d’interaction se présentent plutôt lors de plongée nocturne ou lors de sorties à l’aurore ou du crépuscule.

En revanche quand il nage et que ses nageoires pectorales et caudales sont pleinement déployées, il se distingue alors très nettement, en particulier grâce aux

  • 3 bandes verticales de couleur sombre sur sa nageoire caudale, et
  • à la tache noire centrale à points blancs entourée d’une bordure rosâtre et blanche au niveau de ses nageoires pectorales.

Le poisson 24 heures peut se confondre avec le poisson-scorpion à plumes, ou Scorpaena grandicornis, du fait de sa taille et de ses excroissances.

Le poisson-scorpion à plumes

Poisson-scorpion à plumes – Scorpaena grandicornis © Kevin Bryant
Dangerosité
Milieu de vie Fonds meubles sans vase
Profondeur 1 à 15 mètres
Occurrence Fréquente
Type d’attaque Piqure via la nageoire dorsale
Type de venin Neurotoxines et hémolytique
Taille max 30 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Scorpaena grandicornis

Précisions

Présent dans les herbiers marins, le poisson-scorpion à plumes est une des espèces de poissons venimeux de Guadeloupe et de Martinique (Baie de Fort-de-France, Les Anses-d’Arlet, Le Prêcheur). Avec sa forme ovale typique des rascasses, sa couleur générale navigue entre le brun et le rougeâtre, parsemée de taches de tailles variables.

Le poisson-scorpion à plumes se déplace uniquement lorsqu’il est dérangé. Il apprécie les fonds meubles sans vase dotés d’une couverture d’algue pour lui servir de camouflage et chasser à l’affut.

A noter les blessures infligées sont extrêmement douloureuses, mais pas mortelles. En effet, le venin particulièrement puissant peut provoquer ses effets entre 60 minutes et jusqu’à 48 heures. Ceux-ci peuvent aller de l’œdème aux hémorragies sous-cutanées en passant par des arythmies cardiaques, une chute de tension pouvant aller jusqu’au choc.

Il est impératif de fournir une assistance rapide et des soins immédiats au plongeur victime d’un poisson-scorpion à plume.

Le poisson-lion ou rascasse volante

Pterois miles, rascasse volante © François Libert
Dangerosité
Milieu de vie Fonds rocheux
Profondeur 2 à 45 mètres
Occurrence très fréquent dans tous les habitats
Type d’attaque Épines venimeuses
Type de venin Neurotoxines
Taille max 45 cm observés dans la Caraïbe
Statuts IUCN Non applicable, espèce invasive sans prédateur aux Antilles

Espèce : Pterois miles

Précisions

Originaire au départ de la mer Rouge et de l’Océan Indien, la rascasse volante, communément appelée poisson-lion, est une espèce invasive dans la Caraïbe. Sa présence s’explique par son introduction accidentelle en Floride dans les années 1990 (six spécimens se seraient échappés d’un aquarium endommagé par l’ouragan Andrew en 1992). Depuis il a colonisé toute la zone Caraïbe. Observé pour la première fois en Guadeloupe en janvier 2010 aux ilets Pigeons, il est devenu un véritable fléau aux Antilles où il ne possède aucun prédateur. On observe une taille maximale de 45 cm aux Antilles contre 35 cm dans sa zone d’origine. Aujourd’hui, le poisson-lion et son régime alimentaire piscivore menacent les écosystèmes marins côtiers de la région Caraïbe.

Comme les autres rascasses volantes, ce poisson possède de grands rayons épineux sur les nageoires dorsales, anale et pelviennes.  À la base de celles-ci se trouvent les glandes à venin.

Magnifique et majestueux, le poisson-lion évolue soit de manière solitaire, soit par petit groupe de 2-3 individus. S’il vit le plus souvent caché sous les roches, il se déplace pour nager volontiers au-dessus du récif à l’heure de la chasse, plutôt de nuit ou au lever ou au coucher du soleil. C’est pourquoi les risques d’interaction sont plus fréquents en plongée, la nuit ou lors de baignade au moment de l’aurore ou du crépuscule.

La rascasse brésilienne

Scorpaena brasiliensis, rascasse brésilienne © Kévin Bryant
Dangerosité
Milieu de vie Fonds durs ou mous et récifs coralliens
Profondeur 1 à 100 mètres
Occurrence Fréquent dans les récifs coralliens
Type d’attaque Épines venimeuses
Type de venin Neurotoxines
Taille max 35 cm
Statuts IUCN Préoccupation mineure

Espèce : Scorpaena brasiliensis

Précisions

Avec un corps de forme rectangulaire, la rascasse brésilienne a la capacité d’injecter son venin toxique à partir des épines de ses nageoires anale, dorsale et pelvienne. Sa couleur peut beaucoup varier, allant du brun au brun verdâtre au rouge au jaune et même au blanc. En outre, la rascasse brésilienne se reconnaît d’une part aux petites taches rondes sombres sur le bas de la tête et du corps et à la base des nageoires pectorales, et d’autre part aux 3 ou 4 taches brunes disposées sur chaque côté de son corps.

Evoluant dans les baies, les ports et dans les habitats des récifs coralliens, elle adopte un mode de vie solitaire même si peu d’informations sont disponibles sur son comportement. Elle peut se confondre avec d’autres poissons scorpions.

Morsures, brûlures et urticaire

Les poissons venimeux ne sont pas les seuls dangers présents dans les eaux de Martinique et de Guadeloupe. Par exemple, l’oursin noir des Antilles (Diadema antillarum) est équipé de nombreuses épines longues, fines et très pointues qui peuvent se casser une fois la peau pénétrée. D’autres espèces peuvent mordre, comme la murène noire, (Gymnothorax moringa) la plus commune des Caraïbes ou encore la murène verte (Gymnothorax funebris). Enfin, le contact avec certaines éponges tropicales venimeuses peut être douloureux et provoquer des démangeaisons, des engourdissements, des brûlures, ou même de l’urticaire. Le tout pouvant durer plusieurs jours.

Les accidents restent cependant très rares. En respectant les milieux et avec quelques connaissances, il est possible de partir explorer la faune aquatique de Guadeloupe et de Martinique en toute quiétude.

A propos de l'auteur

Anne-Laure est rédactrice de contenu web et auteure de littérature jeunesse. Sensible aux questions touchant à l'environnement, elle a rejoint l'équipe pour rédiger des articles sur la faune aquatique des Antilles où elle réside.

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