Illuminer les filets de pêche pourrait sauver les tortues et les dauphins

Aujourd’hui les filets utilisés par les pêcheurs sont souvent peu sélectifs. Cétacés, requins, oiseaux de mer, phoques… De nombreux animaux sont capturés de manière accidentelle dans toutes les régions du monde. Loin d’être anecdotiques, ces « prises accessoires » représentent notamment la première raison du déclin des tortues marines. 6 des 7 espèces sont considérées comme menacées d’extinction.
Pour atténuer la menace, scientifiques et pêcheurs testent une nouvelle technique : éclairer les filets pour prévenir les grands animaux !

Qu’est-ce qu’une prise accessoire ?

« Prise accessoire », « capture accidentelle »… Aujourd’hui, ces termes sont utilisés pour désigner l’ensemble des organismes capturés et rejetés la mer alors qu’ils n’étaient pas la cible de la pêche en cours.

Une situation largement sous-estimée

Tortue verte (Chelonia mydas) © Fabrice Guérin

En 2010, la première étude globale dédiée aux captures accidentelles de tortues marines est publiée. Pour la réaliser, les scientifiques ont compilé toutes les données déclarées de prises accessoires de tortues entre 1990 et 2008.

Durant cette période, entre 1% et 5% de la flotte de pêche mondiale a pris le temps de comptabiliser ces captures.

Les conclusions sont édifiantes : les scientifiques estiment que des millions de tortues sont mortes dans les filets alors que seulement 85.000 ont été officiellement comptabilisées.

En 2018, l’ONG écologiste Sea Shepherd lançait sa première campagne « Dolphin ByCatch » pour dénoncer les captures accidentelles de cétacés dans les filets. Entre janvier et mars de cette même année, entre 6 000 et 10 000 dauphins ont ainsi été tués sur les seules côtes de Vendée et de Charente-Maritime.
En 2017, selon France Nature Environnement, au moins 4 000 dauphins sont morts dans le simple golfe de Gascogne.

Selon le WWF, chaque année, pas moins de 300 000 petites baleines et dauphins, 250 000 tortues Caouanne et 300 000 oiseaux de mer périssent dans les filets à travers le monde. Pire ! 40% des animaux capturés seraient rejetés à la mer. Morts.

Selon Bloom, parmi les espèces capturées en faible proportion des volumes totaux, on trouve de nombreuses espèces de requins menacées d’extinction. Ces derniers ont vu leur population mondiale décliner de manière drastique tout au long du XXe siècle.

Illuminer les filets, la bonne solution ?

Photo © NOAA-PIFSC

Depuis une dizaine d’années, les chercheurs tentent d’exploiter les différentes perceptions de la lumière chez les animaux aquatiques pour faire baisser le nombre de prises accessoires.

Entre 2015 et 2018, une étude d’ampleur a été menée au Pérou. Plus de 864 filets maillants ont été équipés de LED. Les résultats publiés en décembre 2019 sont prometteurs : les captures accessoires ont diminuées de 74 % chez les tortues marines, 70 % pour les petits cétacés, et même de 84 % pour les oiseaux marins !
A contrario, les prises de poissons ciblés n’ont pas diminué.

Pourquoi ça marche ?

Des études anatomiques, physiologiques et comportementales ont montré que les tortues vertes, les Caouannes et les tortues Luth sont sensibles aux longueurs d’onde ultraviolettes. D’un autre côté, la plupart des espèces de poissons possèdent dans leurs yeux des composés absorbant les UV.

Ainsi, certaines lampes à LED ultraviolettes peuvent être dissuasives. Elles seraient interprétées comme des barrières infranchissables par les tortues, les cétacés et les oiseaux de mer. Ce qui motiverait ces derniers à les contourner. En plus de la mise en place de LED, de nombreux filets sont à présent de couleurs fluorescentes, avec le même effet bénéfique pour ces animaux.

Une méthode généralisable ?

La mise en place de LED sur l’ensemble des filets de pêche aurait un coût non négligeable pour de nombreuses pêcheries. Outre l’aspect financier, qui pourrait être moindre en optimisant la fabrication, il est nécessaire de rester prudent sur les effets secondaires de la mise en place de cette nouvelle technologie.

Les poissons sont attirés par certaines lumières, un aspect de leur comportement largement exploité par d’autres techniques de pêche (comme la pêche à la palangre). Les filets lumineux pourraient donc attirer d’autres espèces. De plus, en maximisant les prises des espèces cibles, les stocks de poissons à forte valeur commerciale, déjà globalement très surexploités, pourraient subir une pression supplémentaire.

De nouvelles études sont donc à prévoir pour permettre une mise en place durable et sélective.

A propos de l'auteur

Benoit Chartrer fait partie des membres du projet Fishipédia. Sorti d'une formation d'ingénieur en physique, il a progressivement changé de spécialisation en se tournant vers les technologies Web. Passionné de voyage et de biologie, il tient également un compte Instagram dédié à la photographie animalière.

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