Découvrez les océans avec Fabrice Guérin, photographe environnentaliste

Auteurs de publications pour National Geographic et pour plusieurs médias majeurs, Fabrice Guérin est photographe environnementaliste. Depuis plusieurs années, il arpente la planète et explore les océans avec comme objectif central de partager ses découvertes au grand public.

Il est partenaire du projet Fishipedia depuis avril 2019, en particuliers sur la thématique des grands espèces marines telles que la raie manta géante ou les requins.

« Porté par le désir de sensibiliser le grand public aux problèmes des espèces menacées, je me suis fixé, depuis une vingtaine d’années, d’aller à leur rencontre. De la terre à la mer mes voyages m’amènent à collaborer avec des agences impliquées dans l’environnement et à participer à différentes missions scientifiques pour l’identification et le recensement d’espèces marines et terrestres. Lors de mes retours en France, je partage mon expérience, j’échange avec le plus grand nombre lors de conférences et d’expositions : une étape essentielle pour tenter d’éveiller les consciences sur les problèmes environnementaux en espérant que ce monde revienne enfin à la raison. » Fabrice Guérin.

Tu te présentes comme photographe environnementaliste, qu’est-ce que ça signifie exactement ?

À l’heure où les urgences environnementales suscitent toute notre attention, le métier de photographe animalier s’inscrit alors dans une plus large démarche. Sensibiliser le grand public à ces fléaux devient une évidence et un devoir.

Initialement, qu’est-ce qui t’as amené à la pratique de la plongée ? Es-tu issu du monde de la biologie ?

Je ne suis pas biologiste mais j’apprends à mieux connaître les espèces que je photographie, en les observant longuement, en m’appuyant sur l’expérience de guides sur le terrain et en travaillant parfois aux côtés de scientifiques. J’ai commencé à pratiquer la photographie en « terrestre », puis au hasard d’une sortie en mer, je me suis intéressé d’un peu plus près à cet univers sous-marin qui m’était alors inaccessible. Certifications en poche, j’ai fait alors le grand plongeon. 

On te voit souvent en compagnie de baleines, de requins… D’où provient ton intérêt pour les grandes espèces ?

Au-delà du fait que ces animaux sont magnifiques, cet intérêt est devenu une évidence au vu de leur déclin. L’homme est responsable de cet état et nous devons tout faire pour inverser ce processus. La photographie fait partie des solutions.

Un bébé baleine à bosse faisant un câlin à sa mère / Royaume des Tonga / Megaptera novaeangliae © Fabrice Guérin

As-tu également plongé dans les récifs coralliens ? Quel site as-tu préféré ?

J’ai eu la chance de plonger en Australie et en Nouvelle-Calédonie sur les deux plus grandes barrières de corail au monde.Des récifs qui abritent une biodiversité extraordinaire et qui vous rappelle la nécessité de les protéger. Je n’ai pas un site préféré car tous ces lieux sont uniques.

Au cours de toutes ces expériences aquatiques, quelle a été ta plus grande surprise ?

Plus grande ou plus belle surprise ? Je retiendrais surtout la plus belle : celle de cette maman baleine à bosse et son petit s’approchant quelques instants de mon objectif, le temps d’un cliché.

Et lors de tes expéditions sur Terre ?

Ma première rencontre avec l’ours polaire en arctique. Un rêve de gosse, le Graal !!

Ours polaire en contre jour marchant sur le flanc d’une montagne / Ursus maritimus / Svalbard, Norvège / Polar bear in backlight walking on the side of a mountain / Svalbard, Norway © Fabrice Guérin

As-tu eu la possibilité d’observer des espèces très rares ?

Malheureusement, les espèces en voie de disparition sont de plus en plus nombreuse. Quand on apprend par les scientifiques, que la Terre a entamé sa 6e extinction de masse comparable à celle qui a entraîné la disparition des dinosaures, chaque espèce que vous photographiez devient plus que jamais une espèce rare.

Aujourd’hui, beaucoup d’écosystèmes sont perturbés par l’activité humaine et de nombreuses espèces sont en voie de disparition, crois-tu que nous puissions encore inverser cette tendance ?

Face à tous les problèmes environnementaux sur notre planète, il y a fort heureusement des hommes et des femmes qui luttent au quotidien, un peu partout dans le monde, pour la conservation et la protection de la biodiversité. Les nouvelles technologies ont, elles aussi, un rôle important à jouer pour mieux comprendre, mieux observer, mieux écouter et donc mieux protéger. Les effets de ces actions ne sont pas immédiats mais il n’y a pas de fatalité. Chaque citoyen doit adopter de nouveaux comportements de consommation et adapter son mode de vie selon un modèle plus écologique et plus durable.

Tu nous as parlé de ton projet de réaliser une série de livres photographiques sur différentes régions du monde. Pourquoi avoir commencé par le Mexique ?

Le Mexique est bordé par les plus grands océans de notre planète. Les eaux qui le bordent sont un lieu de migration et un refuge pour de nombreuses espèces marines et sous-marines. Il offre aussi l’occasion denous plonger dans l’histoire sacrée des Mayas en explorant les cénotes, ces grottes submergées, en partie remplies d’eau douce et éparpillées dans l’immense forêt tropicale.

Plongeur explore un cenote dans un rayon de lumière / Peninsule du Yucatan, Mexique / Scuba diver dives in cenote with rays of light / Yucatan Peninsula, Mexico © Fabrice Guérin

Avec les grandes vacances qui approchent, aurais-tu des conseils à donner pour pratiquer un tourisme plus responsable et respectueux des milieux marins ?

Le tourisme responsable est avant tout un état d’esprit. C’est respecter le milieu dans lequel on est en ayant une incidence minime sur l’environnement. Ça passe donc par la bonne gestion de l’eau potable en évitant de prendre plusieurs douches par jour, mais aussi en utilisant des produits biodégradables. Tout ce qui est piles usagées ou sac plastiques sont à ramener en France. En mer, ne pas toucher les coraux et encore moins les ramener à la surface, éviter les grandes palmes lorsque vous faites du snorkeling sur des récifs. Ne pourchassez pas les animaux, ne vous accrochez pas à eux. Partager et échanger avec la population locale fait partie également d’un tourisme responsable.

Et des conseils pour des photographes débutants qui souhaiteraient se lancer dans la photographie environnementale ?

Que ce soit sous l’eau ou sur terre, ce qui est le plus important ce sont les rencontres. La photographie n’est pas une fin en soi. Il faut être patient et accepter de ne rien voir, c’est ça aussi la nature : sauvage, imprévisible. Les images doivent raconter une histoire, faire passer des émotions et susciter des interrogations. Il faut se documenter, se renseigner auprès des guides. Bien préparer son voyage, vous permettra d’aborder sereinement tous les aspects techniques et logistiques.

Que penses-tu du projet Fishipédia ?

Ce projet est une source incontournable pour toutes les personnes passionnées par le monde aquatique et cherchant des informations sur de nombreuses espèces marines et sous-marines.
Cette encyclopédie d’une nouvelle ère se veut avant tout engagée dans les problèmes actuels liés à l’environnement.

Merci à toute l’équipe.