Ces poissons qui ne savent pas nager

Ces poissons qui ne savent pas nager © François Libert

Les humains marchent, les oiseaux volent et les poissons nagent. Et si c’était faux ? Et si certains poissons marchaient, rebondissaient ou ne bougeaient jamais ? Curieux non ? Ces comportements paraissent inhabituels, pourtant ils existent bel et bien. C’est l’histoire que nous avons choisi d’aborder aujourd’hui. Celle de poissons différents, parfois uniques et même pour certains, en voie d’extinction.

Les poissons qui ne bougent pas

Mon corps imite la forme des algues. Je suis massif, globuleux et de couleur jaune. Je vis au gré des courants et je suis incapable de nager. Je m’appelle « antennaire des sargasses » et je peux rester des mois au même endroit. Pour manger, je dois attendre que les proies viennent à moi. Je me camoufle, me réfugie au cœur des algues et saisis ma proie lorsqu’elle n’est qu’à quelques centimètres de moi. Vorace, je reste à l’affût du moindre crustacé ou poisson. Il faut être patient. Je peux parfois attendre des semaines sans manger. L’avantage étant qu’en ne bougeant pas, je ne dépense pas d’énergie inutilement.

Autre espèce ressemblant à l’antennaire des sargasses, l’antennaire strié, connu également sous le nom de poisson-grenouille strié ou poisson-crapaud strié. Il est l’assassin redouté des fonds marins. Comme l’antennaire des sargasses, il bouge peu, arpentant le sol pour trouver un emplacement où se cacher. Une fois fondu dans le décor marin, ce poisson présentant des stries brunes sur le corps déploie un leurre similaire à un vers qu’il agite tel un fanion pour attirer sa proie. Il traque, attire et dévore des poissons pouvant atteindre la même taille que lui. C’est sa bouche protractile aussi large que son corps lorsqu’elle s’entrouvre qui lui permet de projeter sa mâchoire en avant et de gober des proies en 10 millisecondes. Il en suffit d’une ou deux par semaines pour que ce sédentaire soit rassasié.

Antennarius striatus © Kevin Bryant

Se déplacer à la verticale

Ma tête rappelle celle du cheval. Mon corps est rigide et mon allure est magistrale. Je suis un hippocampe et je nage verticalement. Ma nageoire dorsale est très agitée mais je me déplace lentement, toujours au ralenti. Je peux ramper sur le sol, me propulser par ondulations ou m’accrocher aux fonds marins grâce à ma queue annelée capable de se dérouler. Par contre, lorsque je me déplace, je reste droit et fier, à la verticale.

Hippocampus taeniopterus, Bali, Indonesia © François Libert

On représente généralement l’hippocampe en position droite pourtant il est régulièrement étalé sur le sable, enroulé. Une raison à cela ? La nage de l’hippocampe est vibratile. Les nageoires pectorales situées en arrière des ouïes lui permettent d’effectuer de petits déplacements dans les algues en vibrant. Seulement cette nage est épuisante pour les hippocampes. C’est donc uniquement en l’absence de support que la nage est utilisée chez les hippocampes. Pour avancer, les hippocampes préfèrent s’accrocher aux fonds marins.

Marcher au lieu de nager

Je suis une espèce menacée d’extinction. Sur la liste rouge de l’UICN, je suis un poisson classé en danger critique. Vivant dans les eaux Australiennes, je me trouve à 5 ou 10 mètres de profondeur. Considéré comme l’un des poissons les plus rares au monde, je suis pourvu de petites pattes rouges. Mes nageoires pectorales ressemblent à des mains et je me déplace en marchant sur le fond marin. J’appartiens à la famille des Brachionichthyidae et je me nomme « spotted handfish », le poisson aux mains tachetées.

Thymichthys politus © ReefLifeSurvey.com

On recense 5 genres et 14 espèces de poissons se déplaçant sur leurs pattes et non à la nage. Ils sont de la famille des Brachionichthyidae. Lents, ces poissons préfèrent marcher en utilisant leurs nageoires pectorales en forme de mains. Selon les chercheurs, trois poissons rares en Tasmanie seraient menacés d’extinction : le poisson aux mains tachetées mais également le poisson ziebell et le poisson tacheté.

Rebondir pour avancer

Histiophryne psychedelica © Karen Honeycutt

Mon corps est couvert de zébrures rouges et blanches ce qui m’a valu mon nom. Voilà 10 ans que l’on m’a repéré en Indonésie, près de l’île d’Ambon. Un an a été nécessaire pour établir que j’étais unique.

Ma particularité ? Mon mode de locomotion très original. J’avance en rebondissant sur les coraux qui m’entourent. Je ne nage pas, je saute d’un point à un autre comme une balle de tennis.

Ted Pietsch, spécialiste des antennaires a eu l’honneur de baptiser ce poisson d’une précieuse rareté. Son nom ? Histiophryne psychelidica, provenant du mot psychédélique à cause de ses rayures rouges et blanches ! Instable dans ses mouvements, Histiophryne psychelidica possède également une queue courbée sur le côté et appartient à la famille des poissons-grenouilles. Sauts en série, rebonds sur les coraux, lorsque l’on regarde ce spécimen avancer, on devient le témoin d’un spectacle assez atypique. Salué par la communauté scientifique et découvert par des plongeurs, ce poisson suscite tout de même une interrogation : comment a-t-il pu passer inaperçu si longtemps ?

Vaste sujet que la nage des poissons ! Ondulante, sur place, continue, filée, vibratile, elle peut même finir projetée lorsqu’un saumon saute à 3 mètres hors de l’eau. Si vous souhaitez en connaître davantage sur les poissons, suivez-nous !

Par Perrine Passafiume